AUTOBIOPOÈMES - Des mots pour un déconfinement
- Henri Baron
- 11 oct. 2020
- 31 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 déc. 2020
Textes écrits du 17 mars au 10 mai 2020

JOUR -1
Depuis des semaines se développait l'épi(pan)démie liée au coronavirus quand, ce lundi 16 mars, le président de la République française annonce le confinement sur l'ensemble du territoire.
Comment allions-nous vivre ces longues journées, semaines ? Comment garder l'indispensable lien social ?
L'idée m'est immédiatement venue de me lancer un défi, moi qui aime travailler, retravailler sans cesse mes textes, parfois pendant des mois : écrire chaque jour pour me, nous déconfiner. Pousser les murs, abolir les frontières, rester ensemble, partager.
Lecteur·trice, amoureux·se de la vie, de la poésie, prends bien soin de toi, de celles et ceux que tu aimes.
Et, d'où que tu sois (plus ou moins) confiné·e, s'il te vient l'envie de partager une émotion, une remarque, un texte, une photographie, une création plastique, tes messages sont les bienvenus.
Paris, 16 mars
Le mot : confiner
« Forcer à rester dans un espace limité. » Robert « Enfermer quelqu'un dans un lieu, le tenir dans d'étroites limites : Confiner un subordonné dans le cadre de ses fonctions. » Larousse « Reléguer quelqu'un dans un certain lieu. » Littré « Procédure de sécurité visant à protéger des personnes dans des espaces clos afin d’éviter, un contact avec un nuage nocif (de gaz ou radioactif), ou la propagation d’une maladie infectieuse. » Wictionnaire Synonymes : enfermer, cloitrer, isoler, retirer, reléguer, cantonner, boucler Étymologie : vient du mot confins, du latin médiéval confinia lui-même issu du latin confine de finis : limite. Confinner apparait dès 1225 dans le sens d’enfermer ; le mot confinement entre en scène en 1579 dans le sens d’emprisonnement.
Tous ces textes et ces photographies ©Henri Baron, sont parus au jour le jour, tout au long du confinement, sur mon blog précédent (https://grabouillages.monsite-orange.fr).
1ère partie
JOUR 1
Seul·e comme un·e CONcédé·e CONtrouvé·e CONfessé·e CONtrarié·e CONtesté·e CONsterné·e CONtourné·e CONspiré·e CONjuré·e CONtracté·e CONtrôlé·e CONvoqué·e CONfronté·e CONcentré·e CONvulsé·e CONgédié·e CONsigné·e CONfisqué·e CONcassé·e CONdamné·e CONsumé·e CONfiné·e
Seul·e comme une…
Paris, 17 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 2
à Lily, 15 ans aujourd'hui
Quand l'hiver dilue gomme efface Ce printemps tait scelle confine
Si l'été terre brise étouffe L'automne nie meurt enterre Je vis par ce que tu rêves crées espères Je vis par ce que tu danses chantes dessines Je vis par ce que tu cries hurles déclames Je vis par ce que tu es Je vis parce que tu es
Paris, 18 mars © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 3
Mon amour est une gare
désaffectée
Aucun pas n'y résonne
aucun cri
aucun pleur
aucun rire
Rien ni personne
ne trouble l'écho
du silence infini
C'est à peine si mon souffle
dans l'immense vacuité
fume et danse
en même temps dense et vide
comme le goulot
de la bouteille ébréché
où se blessent mes lèvres
pour siffler l’arrivée
sur le quai désert
d’un express fantôme
correspondance annulée
lettres perdues
destinée futile
L'horloge sans aiguille
pendue sur un mur gris
aux poutres rouillées
semble brouiller ma mémoire
Le temps piège sous son rets
le train de mes rêves
aller sans retour
fatale erreur d'aiguillage
d’un amour carcéral désinfecté
J’erre hagard égaré
salle des pas éperdus
d’un garde-barrière
désincarné
au passage à niveau
corrodé torturé
voies brisées
terminus
Serre-moi
seul au monde
Confiné
Paris, 19 mars © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 4
Printemps
sans fleur
épitaphe
d’un amour
écorché
Soleil
sans fard
espérance
d’un amour
écroué
Espoir
sans fin
pénitence
d’un amour
exfiltré
Paris, 20 mars © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 5
Je n'adore ni n'assassine
Je n'aime ni ne tourmente
Je ne rêve ni ne vaticine
Je ne vole ni ne sauve
Je n'élève ni ne vexe
Je n'envie ni ne vois
Je n'enfume ni n'enflamme
Je ne viens ni ne vais
Je n'espère ni n’indiffère
L'aurea mediocritas
Horace et désespoir
sont d'un mortel ennui
Paris, 21 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 6
Il fixe les cercles concentriques qui se forment et déforment sur la flaque paisible jusqu'à l'évanouissement Comme autant d'ombres enserrant sa mémoire ils estompent ses souvenirs jusqu'à l'effacement Où sont les rêves d'antan les parfums les saveurs les herbes folles jusqu'au ruissèlement Il longe les murs ignore les murmures emmure le silence jusqu’à l’effritement Il reste les brumes les chimères la folie les rimes délétères jusqu'à l'éclatement Il sublime le froid ses sortilèges le vide l'absence et la nuit jusqu'à l'épuisement Il sait le leurre de croire attend l'heure lâche et l'hiver morphine jusqu'à l'endormissement Il hait les petites morts sordides et lentes de ces morts assassines jusqu'au délitement Il redoute les amours le chant des déroutes des inventaires sans âme jusqu'au déchirement Ni pardon ni vengeance la vie s'effiloche en mitraille lambeaux de ciel échafaud jusqu'au craquèlement Et si faute d’amour il te blesse à mort que s’acharne le sort jusqu'au renoncement Si je meurs un jour Ne priez pas Riez pour moi Jusqu’à l’embrasement
6th DAY
He stares at the concentric circles
which form and deform
on the peaceful puddle
until it vanishes
Like so many shadows
enclosing his memory
they fade his remembrances
until it erases
Where are the yesteryear dreams
the perfumes and flavors
the wild grasses
until it trickles
It runs along the walls
ignores whispers
walls the silence
until it crumbles
The mists remain
chimeras madness
noxious rhymes
until it bursts
It sublimates the cold
his spells the void
absence and night
until it burns
He knows the lure to believe
wait for the loose hour
and morphine winter
until it sleeps
He hates the little slow
and sordid dead
if these murderous dead
until it liquefies
He dreads love
the song of defeats
soulless inventories
until it tears
Neither forgiveness nor revenge
life is fraying in grape-shot
scraps of sky scaffold
until it cracks
If lack of love
it hurts you to death
if the fate persists
until it denies
If I die someday
Don't pray
Laugh for me
Until it ignites
Paris, 22 mars © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 7
Ton printemps s’invite à la fenêtre
et le soleil se joue des ombres
Silence pesant – d’une après-midi d’été
malgré l’air frissonnant –
rompu par le râle rauque
d’une corneille graillant d’amour
Mars a son armure virale
et puisque l’on rationne l’irrationnel…
Je m’inviterai dans tes rêves
m’y loverai sous la caresse de tes ailes
(velours)
J’y blanchirai tes nuits
(incertaines)
de celles qui tombent des étoiles
Paris, 23 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 8
Sur les pas empesés
Piétinés de pièce en pièce
Dans les yeux étourdis
hydroalcooliques
De l’hydre idolâtrée
Je te vois tu t’en vas
Tu me mens
Tu me manques
Tu m’aimes
Tu m’émeus
Tu me tentes
Tu m’étends
Je t’entends
J’ai cent ans
Le temps me manque
Je t’attends
Fou du roi
Tu foudroies
Froide reine
Roi de cœur
En silence
En sirène
En murmure
En murène
Emmurée
Esseulée
Et seul laid
Je t’essaime
Tu désaimes
Je t’enlace
Tu te lasses
Je te sers
Tu me serres
Tu m’enserres
Je m’enferre
Tu m’enterres
Sous tes pas empressés
À tes yeux éperdus
Seize lumières
Se sont éteintes
Sans étreinte
Seize petits vieux
Petites vieilles
Seize ici quinze là-bas
Par dizaines
Sans regard
Sans un mot
Ah mes vos profits
Sans regard
Sans un mot
Juste avec notre colère
Légitime
Inutile
Ah mais si demain
Paris, 24 mars © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 9
Serais-je un écrieur Un qui crie de l'intérieur Qui écrie vers l'extérieur J'écrie t'écrie décrie Tel l'écri des mouettes Insulte aux confiné.es L'esprit de la bohème L'écri de ce poème Blême poètesse Éprise de liberté De vie de mort mêlées D'envies d'ennuis Je ne travaille pas Je broie des fraises Je rêve de braises D’oriflammes rouges En lignes arrières Insipides Tu ne vaux rien Je ne veux rien Sinon la force D’écrier D’azurer D’encieller Charbonner Tant de pages blanches Calciner La morgue à ta bouche L’ineptie de tes mots Ton souffle fétide Le spectre du silence
Paris, 25 mars © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 10
Dans les abysses
de tes yeux poètes
se noie la mémoire abimée
de l'enfance
Il n'en reste anesthésiée
que l'infinuité
de constellations
d'étoiles emmorphinisées
des millénaires avant
des paravents du temps
qui s'effiloche et s'efface
sombre ou s'envole
endeuille le souvenir
de cieux séculaires
et l’immatérielle envie
de magnifier le ciel
Et si ton rêve survit
si ta sève un jour
irrigue le bonheur
si ton sang manigance
pour égrener les jours
pour égrainer d'amour
le jardin de tes peines
d'autres étoiles
d'autres lunes
résilientes
illumineront les pupilles
embuées ombragées
de l'espérance
jusqu'à la réconciliation
de ton âme et de la vie
Paris, 26 mars © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 11
L’écorce sentinelle
du marronnier de la cour
dit l’arbre et son histoire
ses nœuds-cicatrices
ses plaies nerveuses
temporelles
rugueuses
ou douces terres promises
de lichens et de mousses
Ses racines
souffrent
à fleur de terre
et de bitume
Lorsque son feuillage vernal
presque enfantin
renait et bruit au chant des merles
des moineaux des mésanges
lorsque ses bourgeons suintant
attirent dans la ramure
les ramiers acrobates
qui supplantent entre les murs
les cris familiers des élèves
l’arbre s’étire céleste
et s’enracine en vertige
dans l’horizon vert azur
et l’ombre d’un murmure
Paris, 27 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 12
Belle ténébreuse énigmatique
ton regard océan fascine
et invite au silence
à laisser rugir les vagues de désir
à taire ces mots qui supplient la raison
et nous abandonner cœur à cœur
à l'essencielle infinie passion
Sensuelle Alibech
ou fille des ténèbres
ton sourire est lumière
il illumine mes songes obscurs
de ta délicieuse insolente jeunesse
Ton épiderme diaphane
est doux à mes lèvres
qui frissonnent ta chair
ensorcelante divinité
troublante de nudité
sur le cuir du divan
Ton frisson soulève mes rêves
anachorètes et torturés
souffle le voile sur tes reins
opalescents
et j'imagine mille et une
nuits épidermiques
dans les enfers de ton paradis philogyne
Survivrai-je au désir
à son envoutement
à sa mort lente et mystique
au feu qui me consume
comme un accomplissement
de ma lancinante mélancolie
Saurai-je être digne
de renaitre de mes cendres
Rendrai-je à ton charme
énigmatique et ténébreux
l’irradiante beauté
de ton infernal et délicieux jardin
Saurai-je être à toi
Paris, 28 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement



JOUR 13
De dune en dune
en ce soir qui s'étire
sans lune sans phare
sans fard sans je t'aime
je promène sur ta peau
la promesse d'un désir
le croissant d'un sourire
ou peut-être la blessure
le parfum de ces murs
qui confine à la folie
qui confine la folie
et son silence
On entend même
le velours de ta chair
incandescente
frissonnant sous la plume
et mes doigts incertains
On entend même
le battement de tes cils
et le torrent de vie
qui parcourt tes veines
l’espace de ton corps
épris de liberté
comme une dernière fois
On entend même
le sable de tes seins
qui ondule au souffle
muet de ton cœur
dans l'Indécis instant
immobile et nu
On entend même
en cet Éden encloitré
la cascade salée
de cette sublime perle
d’écume exsudée
On entend même
en mon âme
ce poème taciturne
et non-né
Paris, 29 mars © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 14
Quatorzaine écoulée
une avalanche
ensevelit nos certitudes
mars s'en est allé
Nous rêvions d'océan
d'embruns de giboulées
de soleil de printemps
Nous rêvions de nouveau
rivage insensé
de blondes sirènes
mais du haut de misaine
l'horizon s'est voilé
l'espoir envolé
et l'hiver seule demeure
avec ses sabordages
et ses naufragées
Des iles parfumées
il ne reste qu'un gouffre
à l'infini béant
gouffre du néant
des artifices promis
il ne reste qu'un cratère
sacrificiel inassouvi
d'illégitimes amours
de piètres trahisons
de nos pures passions
Nos poèmes
nos poèmes de peau
nos poèmes de chair
nos poèmes de sang
de cœur à corps
nos poèmes d’âme
d’amour
ont fini consumés
sur le bucher perfide
d'inquisiteurs avides
victimes assassines
De lunes absentes
en coupable absinthe
vieux corsaire en déroute
claquent les voiles
et le pavillon
de mort et de sang
je vous en crève
que mon rêve vous hante
aux vents d’espérance
d’un meilleur avril
Paris, 30 mars Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 15
Tu éparpilles la vie et ses nuages lourds
Tu écartèles les mages et leurs recueils censurés
leurs poèmes écueils
leurs poèmes cercueils
d’existences éparses
à l’innommable alchimie
Tu désavoues dieux pervers et déesses abjectes
et les sacrifies sur l’autel des confins
tu crucifies les origines et leurs vieilles chimères
Tu songes à livrer
l’amour à l’ivraie
l’amour à l’ivresse
à bannir les moissons
les arcanes du siècle
Tu mêles le ciel de lin
l’or des blés de l’enfer
l’adventice sanguine opiacée
à la mer plombée
à l’amère lubie
d’un mirage inachevé
Tu métronomes les rêves
incarcères les sirènes
embrases l’espoir
à l’aurore calcinée
Poète du soleil
et des lunes fades
au destin sans nom
Poète des lumières
et des ombres indociles
Poète des mémoires
et de l’oubli séculaires
Poète de l’infini
de l’immensité du vide
Poète de la vie
et de la mort invasive
Paris, 31 mars
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 16
Tu lèves l’ancre des murailles de chairs et de cris
largues d’un souffle les amarres d’os et de cendres
émascules l’archange d’argile
de sa gangrène verbeuse
abrèges sa souffrance
d’une rature rageuse
À l’aube en sa robe asphaltée
de foutre et de sang
tu dilapides et rends vaine toute espérance
abolis le divin et son océan d’ignorance
Tu es le phare vulnérable mais fier
sur son banc de sable et de craie
la foudre et le néant
Tu noircis les soleils et blanchis l’horizon
captives les heures et remontes le temps
Tu perces le mur sidéral
au fond de l’impasse des limbes
t’y engouffres en lames de larmes
dans le vacarme d’un carnaval funèbre
Tu jubiles de ces corps drapés de drames
de ces noyades d’amour
avec ou sans sirène
de la violence acouphène
de l’incertaine sarabande du temps
en avide tocsin
d’un printemps qui s’achève
en glas diabolique
avant même avoir été
Tu t’accroches
aux aléatoires lueurs éthyliques
te retiens aux cordages
trébuches sur la grève
maudis la tempête
qui débrume nos ports
Tu hais pourtant le marin titubant
sa vieille défroque toxique
le vide étouffant
les versants volatiles
les versets psalmodiés
les vers et les rimes
Tu écoutes l’attente
et son obscène silence
Tu écourtes le temps
de ta danse macabre
l’encercles de tes bras taiseux
en rythmes les sens
de ce refrain funéraire
antienne lugubre
et ridicule
ad infinitum
ad libitum
« Je ne laisserai personne dire
qu’il y a eu du retard
sur la prise de décision
s’agissant du confinement »
« Je ne laisserai personne dire
qu’il y a eu du retard
sur la prise de décision »
« Je ne laisserai personne dire
qu’il y a eu du retard »
« Je ne laisserai personne dire »*
Tu n’es plus rien
ni pour personne
Ad nauseam
Paris, 1er avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
* Édouard Philippe à Matignon le 28 mars 2020 Version originale par Emmanuel Macron sur Twitter le 20 juillet 2017 « Je ne laisserai personne dire que des choix budgétaires se font aux dépens de notre sécurité. » Merci à Laurine Roux de m'avoir inspiré la conclusion de ce texte.
Jour 17
En hommage à Laurent,
trop jeune professeur pour décéder du coronavirus
Pourras-tu remonter l'horloge de tes rêves
amender les terres noires de ta pensée
apaiser la mer moire de tes sentiments
et redessiner les courbes de tes déroutes
Je lis entre tes mots
ces espaces d'albâtre où l'écrit s'évapore
dans les cris d'un amour qui se meurt
dans les déchirements de ton âme
Les étoiles déchues
viennent par centaines périr sur le bitume
piétinées souillées par les chiens
et les pas pressés de passants inquiets
Nous les laissons-là avec habitude
s’effacer sans deuil ni cérémonie
dans la honte et l’oubli
les limbes des cités
Aucun dit pour l’indicible aucune haine aucun pardon pour de s(m)inistres imbéciles qui abandonnent cœur et raison
Paris, 2 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 18
Tu es mon ambroisie
Ma césure à l’hémistiche
L’amertume et la vertu
Le psilocybe et sa sagesse insipide
Les psaumes et leur opaque pythie
Mes poèmes résorbés
Le métronome monotone et nu
L’océan belliqueux et fier
La marche au clairon de l’aurore
Mes recueils inédités
Mais tu cisèles mes maux
M’inocules ta folie
Arrimes mes rimes
Pauvres et riches
Fêles mes verres
À moitié vides
De ton acerbe absinthe
La mort s'en fiche
Et sa voix cristalline
Recueille en mon cercueil austère
Les priapées que je n’aurai pas lues
Tous ces vers que je n’aurai pas rêvés
Paris, 3 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 19
Je marche sur un fil d'acier
entre Charybde et Scylla
fil de vie
fil de soie
fil de soi
Je funambule
ma solitude
dans les interstices
de mots
Je suspends leur sens
et mon spleen
au-dessus du vide
Au-delà de cet insolent
printemps
morose et noir
je nous projette
de la fenêtre
vers un solstice incertain
un serein idéal
de cerises et de roses
de tridules d’arondes
des dunes nues et blondes
et de tumultueux estrans
Après la mort
l’amour
Paris, 4 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 20
(Un temps périt)
Le temps m’importune
lorsqu’il est sentinelle
cartographie les étoiles
meurtrit le printemps
transite en mes chairs
sillonne mes rides
scrute mon destin
déteste mes rêves
contient mes amours
et mes désirs d’ailleurs
en sa ligne de mire
retient mes pas pressés ou perdus
détient les clefs de ma geôle
maintient l’ordre despote
entretient la haine
et soutient le pire
Mais le temps m’appartient
je l’abolis
l’atomise
l’alchimise
le tempsdescerise
Puis par la lucarne
à la cantonade
je chante l’appel
à l’escapade
m’évade avec
mes troubadours
mes camarades
L’espoir bientôt
soufflera sur
nos barricades
Paris, 5 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 21
Mon être est un âtre Il n'est parfois que cendres Mais quand ta main d'amour y rallume une flamme quand de l'étincelle jaillit le feu qui réchauffe le cœur et illumine la nuit je suis un autre Et j'aime cet enfer-là
Mon être est un éden Il n’est parfois qu’argile boueuse Je m’y enlise souvent m'égare sur les sentes sinueuses de nos sentiments mes mots bafouillent et se pétrifient Alors ton amour aspire mes pensées ta peau douce et ta caresse nue lissent mes aspérités gomment les grilles le printemps gazouille et refleurit Et j’aime ce paradis là
Paris, 6 avril
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
2e partie

JOUR 22
Dans nos nuits spectrales
Poètesses
vos mensonges sont vérité
Vous absorbez la folie du monde
De toutes vos failles
de vos cervelles et sangs d'encre
jaillit la lumière
Écrire mithridatise
Vous lire immunise
Paris, 7 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 23
Tout sombre dans tes rêves
trop de gravité
de pénombre bleutée
trop de ténèbres passées
de rêves amputés
Mer sans phare ni lune
navire sans fanal
cale sans réverbère
Sans flamme
sans âme
hommes et femmes en marche
uniformisées
laissent la tendresse
se noyer dans les rigoles ternies
sans les étoiles qui s’éternisent
sous les yeux du gosse que je fus
sans les yeux de celui que je restai
Sur le chemin de l’école
j’imaginais souvent
l’odyssée des feuilles
de mahonia de troène
ou d’épine vinette
délicatement posées
sur la vague du caniveau
qui sentait l’averse
ou la lessive tiède
Longtemps je continuais
à divaguer avec elles
jusqu’à ce qu’elles s’estompent
ou disparaissent
dans le sourd fracas
de mon rectangle des Bermudes
ou plus tôt les jours de frimas
dans le manteau de brumes vaporeuses
émanant de mon Gulf Stream
J’embarquais mousse ou capitaine
vers d’incroyables destinées
sur ces instables vaisseaux
et leurs gréements de fortune
guettant de mon mat de misère
d’inconnues et fabuleuses contrées
Je n’étais pas pauvre
mais avide et riche
de ces aventures qu’on n’achevait
jamais même si funestes
s’usaient les piles sous l’édredon
Les rêves voguaient
sans ancre sans amarre
jusqu’à l’aube nouvelle
(à suivre)
Paris, 8 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 24
(suite du jour 23)
Tout sublimait la nuit
ses arabesques noircies
ses invisibles lunes
ses défuntes étoiles
scarifiées
Même mes amours noèmes
mélusinées
leurs oblongues fées stellaires
blondes et fières sirènes
berçaient d’un long poème
l’âme amère morte
d’une jeunesse menottée
sacrifiée
L’école finie
dissimulé dans les champs
après quelque chicane
je pansais mes plaies
en imitant les oiseaux
Épris de liberté
lunaire
j’inventais l’univers
le dessinais en mots
les laisser voleter
frivoles et libres
dans l’immensité lumineuse
du ciel d’Aunis
je rêvais l’avenir étoilé
qui ne serait pas
le mien
Je poursuivais
les éphémères
guettais les insectes
sur les bleuets
et pavots sauvages
Puis dans les fossés
pour me faire pardonner
genoux et coudes
à rapiécer
échancrures
à repriser
je cueillais en bouquet
luzerne et sainfoin
et rentrais en course folle
pour défier le temps
Esclave et maitre de mes rêves
Paris, 9 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 25
(suite du jour 24)
Tout était règles et devoirs Âpre telle une prunelle et fier jusqu’à la nausée Terre hermétique émétique hiératique hérétique pourtant hospitalière souvent Le printemps tout était insolence L’exubérante et trop éphémère floraison du cerisier
Sa Majesté Céleste
infertile et somptueuse
finissait en tourbillons
de neige cathartique
insolentes batailles de pétales
éclats de nos rires
cris étouffés de rose
Et la marche turque
L’été
tout était sensualité
Le piano disséminait
ses notes insouciantes
Nous savourions
les fraises volées
mûres à peine
aux merles mystifiés
Les tomates gorgées de soleil
s’écrasaient entre les lèvres
réveillant les papilles
avant l’âcre fumée
des queues d’ail
Et les scènes d’enfance
L’automne
tout était douceur
Ces soleil dormants
doraient l’écume
À la musique apaisée
sur les galets instables
des vagues mourantes
retournant vivre vers le large
en se mêlant au vivant
se joignait la complainte
de Myria la Repentie
fantôme des falaises
et de mon Colorado
Et le temps de l’été
L’hiver
tout était chaleur
La lente dérive du soleil
contrastait avec la course des nuages
Emmitouflé derrière ma fenêtre
je contais à la mine
blottie sur mon épaule
un bestiaire fabuleux
Cette faune onirique
s’accrochait
aux ombres mouvantes
et claires des tilleuls
et s’essartaient
sous les assauts
du vent de galérne
Je buffais sur les carreaux
pour y dessiner mes affres
Et la lettre à Élise
Exquise et cruelle mémoire des sens
Ne t’avertis-je pourtant
insoumise naïve
de ne te laisser asservir
broyer conformiser
entraver au néant
Hommes et femmes en marche
ne laissent rarement
place au rêve
Paris, 10 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 26
Après le grand ménage de printemps
il fait soleil dans ma mémoire
Jetés aux oubliettes
les gris souvenirs
Mais il doit bien rester pourtant
les séquelles d’orages
anamnestiques
des arbres calcinés
de coups de foudre
des terres ravinées
par les pluies torrentielles
des tympans brisés
par le martèlement du tonnerre
Il doit bien rester dans le noir
tapies dans les coulisses
d’obscures traitrises inavouées
de scélérates blessures
à jamais incicatrisables
d’illusoires absolutions
et d’insolvables prescriptions
Mais nous vivons
Paris, 11 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 27
(on n’oubliera pas)
Je ne suis pas sourd
j’entends chaque soir
se mêlant aux cloches
ou vice-versa
vicieuse et versatile
la claque du vingt heures
les cinq mille soldats de Néron
et les anges de Jupiter
Je ne suis pas sourd
et me suis même
laissé certains jours
chavirer emporter par l’élan
d’un peuple communiant
son soutien aux soignantes
Je ne suis pas sourd
Mais j’entends le chant capital
des sirènes argentées
sur l’écran de fumée
écran d’encens
sacrifiant sur l’autel
du profit
de la rentabilité
le patrimoine
l’énergie
les transports
l’école
l’hôpital
il nous prie d’applaudir
nous prie d’obéir
nous prie de croire
nous prie de prier
nous prie d’entonner
de profundis
aux funérailles
des Jours heureux
Je ne suis pas sourd
j’ai toute ma mémoire
debout les damnés de la terre
demain nous appartient
Paris, 12 avril
Texte et photo ci-dessous (première version manuscrite)
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 28
J'aimerais que mes jours ne voient jamais mes nuits Je les rêverais à en crever Je les écrirais à en crier Je les aimerais à en brûler
J'aimerais que mes nuits ne voient jamais le jour
Paris, 13 avril 2020 © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 29
(Mania Mainadôn)
Tu danses les absences
les silences
Tu butines le temps
l’attente
Tu pulvérises l’espace
l’exil
Tu supplies le soleil
de calciner son souvenir
Tu énerves le hasard
et bouscules les oracles
Tu esquives tu brises
la faucille de Chronos
ligatures ses veines
éparpilles aux vents
ses parcelles de sable
et de tissus
ses fragments d’os
et sa rage
Tu crucifies sur ton chemin
comme par routine
les Kères brunes
bleutées de haine
Tu sèmes le trouble
est-ce vengeance
d’attiser les braises
d’enflammer les sens
Tu séduis Thanatos
par la malice de tes yeux
le sucre de tes lèvres
la pointe de tes seins
déposes sur ce visage
d’éphèbe androgyne
un baiser velouteux
Tu embrases tu inondes
son corps d’ange gracile
de caresses soyeuses
éveilles son désir
incestueux
Puis de l’acide de tes larmes
du tranchant de ta lame
tu lui excises les ailes
désenclaves les rêves
désentraves les chimères
libères les destins séquestrés
phagocytes les enfers
Alors tu purifies ta chair et ton âme
au confluent du Styx et du Léthé
À l’air libre les éphémères s’enivrent
du nectar des argémones
À tes lèvres
cette suave langueur
un sourire un graal
un philtre de lambrusque
et de népenthès
Évohé
Sensitivement
tu te mets à danser
tournoyer autour
de ton thyrse écarlate
tutoyer les nues
et le rêve d’Icare
Évohé
Tes mains célestes
glanent comme une offrande
les soleils oubliés
L’éternité
Paris, 14 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 30
Tu combles les vallons arases les collines assèches le lit des ruisseaux amasses les mensonges assassins
Tu dépoussières la mémoire dérobes les souvenirs achèves les rêves
L'horizon suinte de sueur et de sang
Blessé sous les bombes il trouve la force de valser en silence
Son chant en sourdine enserre sans y croire ma carcasse solitaire engluée dans le bitume d’une ville abandonnée
Et l’on enterre les rêves les cris dans des tombes de verre
Les herbes folles au cœur rêche au derme épineux poussent dans cet erg noir de silence et de doute
Je repousse la vision de ta peau mais ton puits sans fin m’aspire
*******
Au vingt heures et deux minutes le lundi l’oracle despote joue avec les maux une pièce fétide et faussement contrite Apocalyptique et pathétique il déjoue les mots en apoétique écholalie il se joue de l’être il brouille les contours contourne l’humanité ses mains ses yeux le trahissent son fard masque à peine sa fourbe et sa haine que déverse l’envers du décor il macronise les Jours heureux Qui pense encore qu’il pense ce qu’il dit
******
Les milliards d'étincelles suspendues dans ce ciel sinistre salissent ma mémoire et l’endroit de ma jeunesse
de tes blasphèmes sordides
de ta haine grise aigrie
et tes factices je t'aime
signent l'avis de décès de tes amours réversibles
singent l'histoire de ta vie sans passion
Tu n’es rien
Et rien pas même ma mort n’empêchera mes mots de sortir vers les vivants
Je t’expire
Paris, 15 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
31 jours.
Un long, très long mois. Ce texte tente de rendre hommage aujourd'hui à celles et ceux qui accompagnent, dans des conditions souvent extrêmement difficiles, parfois au prix de leur santé, faisant courir des risques à leur propre vie, les dernières années, les derniers instants de nos ainé·es, dans la solitude d'une chambre où il·elles sont parfois comme confiné·es depuis bien plus d'un mois. Ce que la crise actuelle n'a fait qu'accentuer. L'occasion de dire ici qu'une réforme des retraites qui ne prendrait pas en compte les personnes âgées de notre pays, leur fin de vie dans la dignité, quand elles ne peuvent plus rester seules, ne pourrait qu'être combattue, et, je l'espère, vouée à l'échec. Il est urgent de repenser le service de santé dans son ensemble, en incluant la perte d'autonomie, de lui donner les moyens humains et matériels, d'en faire un des grands services publics prioritaires, de le sortir de la logique du marché et de ses marchandes de vieillesse. Car les applaudissements de vingt heures ne doivent pas masquer ce que devra être l'après, le pire étant que l'après ressemble à l'avant.
JOUR 31
Dans cet hospice miteux
aux corridors sombres et fades
aux chambres obscures et fétides
où s'éternisent les fins de siècles
où se confinent en s’y perdant
les cœurs arides
plus ridés que les visages
les yeux emplis de vide
sans lendemain sans larme
les mains tremblantes
sans épiderme à caresser
ces doigts qui se tordent
de trop attendre
les faux-semblants
quand le temps acariâtre égrène
chaque filandreuse seconde
chaque male heure
la douleur d’être encore
et l’étouffant silence qui précède la nuit
quand l’envie dévie
renonce au soleil
tu cautérises les destins égarés
tu constelles les regards déboussolés
tu combles les ornières du temps affolé
tu poétises le sépulcre aux murs blêmes
et chaque souvenir radieux
qui remonte à la surface de ces corps hagards
endouce l’âme
les fait frissonner de plaisir
soutire l’ombre lumineuse d’un sourire
simple éphémère
simple pétale
simple miel
de vie
Merci
Paris, 16 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 32
Demain nous serons forgeron·nes
pour manier le marteau
battre le fer encore chaud
ciseler la faucille
sur l'enclume des mots
Demain nous serons hérauts
d'un monde frater.sororel et social
garant·es des droits de chacun·e
des valeurs communes
et des idéaux de paix
Mais aux premières lueurs de l’aube
une funeste corneille
achève mon rêve encore beau
le jette à la corbeille des promesses
Dans son costume funèbre
elle corbine sur l’encorbellement
babille de corbillards
et de corps beaux dans la mort
Paris, 17 avril
Texte et photo (Jardin des plantes de Paris, décembre 2015)
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
17 MARS - 17 AVRIL
Un petit bonus en ce 32e jour de confinement pour "fêter" ce premier mensiversaire de confinement...

JOUR 33
Quel est ce ramdam
qui cogne à mes tempes
qui rompt le silence
qu'hier j'abhorrais
Quels sont ces fantômes
qui errent dans mon âme
traversent ses murs
À qui sont ces chaines
qui brident mes rêves
Ton cœur donne au mien
son rythme et sa souffrance
On meurt de trop de sel
de sols arides
de calvaires de granit
et de soleils noirs
On meurt de trop vivre
trop marchander
trop dépenser
On meurt de trop
emmarcher
de trop avaler
de reptiles
on meurt de trop parler
de ne rien dire
d’écrire sans partage
de trop embrasser
trop mal étreindre
Et si demain
si demain s'ouvre la porte
à l’aube aquarelle
Si demain ciel terre et mer
entonnent en chœur
un hymne nouveau
Si demain les poings se lèvent
pour que fane le profit
inventer l’impossible
s’autoriser solidaires
Si demain hemmes ensemble
de tous âges mêlées
se donnent la main
refleurissent les âmes grises
arcencielisent nos vies
alors seulement
alors peut-être
je t’envolerai
dans cette farandole
sans doute un peu folle
sans doute titubante
vers des Jours heureux
Paris, 18 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 34
11 mai
une éternité
pour cette guimbarde en muselière
par la lanterne la mer
ou le ciel je ne sais plus
je mettrais bien les voiles
dans ce zinc de frise
Hiva Oa
J’ai rendez-vous avec Paul et Jacques
apéro des arts
je reviens ce tantôt
les vacances s’achèvent
et demain
le prince silence
restera souverain suprême
même s’il n’en finit pas de gémir
dans l’agonie d’une sorne
qui renonce à l’éclipse
et s’incruste au petit jorne
Paris, 19 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 35
Le jour
la nuit
le jour fait nuit
du plein jour en nuit pleine
L’école
La maison
maison-classe
maison buissonnière
Rien ne colle
Rien ne tient
Tout s’emmêle
tableau de fumée
sur écran blanc d’encre
école sans rire
ni couleur
ni dispute
ni cri
Même l’oppressante
ou libératrice sonnerie
depuis trente-cinq jours
ne martèle plus
les bruyantes allées et venues
Spirale caustique du silence
sous mes pas étouffés
surtout ne pas réveiller les spectres
les ombres fantomatiques
leurs danses stagnantes
les œuvres inachevées
et vos visages pétrifiés
«UN PEU DE BRUIT S’IL VOUS PLAIT !»
Le vieil escalier craque pour unique réponse
Saturne semble avoir sévi
plus que Jules
dans ce lieu sombre et taiseux
Cœur harassé
pétrifié
corrodé par le vide
désormais insensible
aux yeux sanguinolents
de l’enfance qui passe
Paris, 20 avril © Autobiopoèmes,
3e partie

Toujours confiné·es. En profiter pour redécouvrir ces petits riens du quotidien, ces petites merveilles que le temps pressé nous contraint à délaisser trop souvent. Besoin de se réapproprier le temps. Et l'espace. Nous, en fait...
JOUR 36
Âme ciel d’orage
au cœur de mes nuits-pages blanches
au creux du souffle évanescent
du temps qui se fige ou ruisselle
j'implore la muse infidèle
qu'elle inocule son venin-
suie dans les veines de mes ténèbres
distille ses amours ses haines
Je m’abandonne à tes doutes tes peines et tes deuils
Paris, 21 avril © Autobiopoèmes,Des mots pour un déconfinement
JOUR 37
Les ombres naissent de la lumière
Comme je sais l'amertume
à tes lèvres
j'ai la saveur du sucre
comme je sais
les apparences trompeuses
et l’envers sordide
la fétide beauté du silence
et les flots qui me bercent
ou me saoulent
je m’enveloppe des fragrances légères du vent
Nimbée d'amour
en mandorle d’améthyste
à contempler le ciel
Angesse en disgrâce
tu veux briser le carcan
qui t’emprisonne
aux confins de l’absurde
Au savoir vivre
à la pleine lumière
je préférai la pénombre
la folle ivresse
d’un amour libre et céleste
Je me lovai dans tes bras
j'étais dans de beaux draps
et froissai tes soies et dentelles
On me disait souvent
tu n'as besoin de parler
traitres tes yeux
parlent pour toi d'amour
de désamour
de bonheur ou de mélancolie
Mais garde la mémoire
les baisers
de mon regard
Et l’incandescence de tes nuits
Paris, 22 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 38
Un courant d’air
audacieux
marin
une fenêtre claque
sur le quai
des mouettes tourbillonnent
rient dans la cour d’école
au-dessus de la dune de marronniers
vole au vent
le sable de leurs fleurs
Un irrésistible désir
de sortir sans esquisse
sans clepsydre
de parler à l’écume au vent
de la lancinante mélopée des vagues
funambuler sur l’horizon
exorciser le maléfice
voguer à l’aveugle
accoster libre
les sirènes lascives
à Cythère ou ailleurs
sur une ile incertaine
oscillant sans sextant
entre elles insouciantes
et mon irrésistible désir
de séduire les plus belles
les plus blondes
libertines
de noyer les amarres
ne plus revenir
et comme une antienne
défier le sort
renier les ports
défier la mer
renier l’amer
défier l’amour
renier la mort
Paris, 23 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 39
Ce ramier n’en fiche pas une
ramée
il coule des jours heureux
se laisse griser à la brise
s’ensoleille et parade
roucoule dans les rameaux
et volète d’ombre en lumière
Le dandy fait la cour
à la palombe amoureuse
qui se dandine
débourgeonne en trapèze
et gloutonne de sève
s’enivre et chancèle
Tourterelle et tourtereau se caressent
semblent s’étourdir
sans pudeur
en l’éclat nuancé de leur plumage
Sous les ébats
de l’oiselle et de l’oiseau
le marronnier enneige la cour
de ses volatiles pétales
Rassasiée
elle et lui recouvrent de fientes
comme un tapis de mousse
les marelles des enfants
Amours de cour
coprolithique
et cuprolithique
Paris, 24 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 40
La morsure de mon poème – prétentieux – est comme celle de l'aube – rhododactyle – Elle te saisit au réveil te fait sursauter te glace les veines te lacère Tu maudis me damne me condamne Tu frissonnes
Finalement tu l'aimes
ce petit rien
cette morsure d'ange
Le temps s'insinue dans
tous les interstices
ton anneau saturnal
Je vis et je viens
me satelliser
t’indissociabiliser
Tu médis
Tu me dis
Je t’aime
Paris, 25 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 41
Nous étions belle sous le soleil
Il dessinait par les persiennes
Sur tes seins tes hanches merveilles
Des ombres marines vermeilles
Danses ou transes dionysiennes
Nous étions folle sous le soleil
Paris, 26 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 42
Que de remous d'amours Dans mes méninges Je nage j'emménage Sur la crête écumeuse
De vagues rêves Vaguement je divague En vers je rime et dérime Mes amours se mirent Se nouent se noient En mer moire se meurent Je n’entends ni l’orage Ni ma rage en écho
Insonore hurlement Indolore sentiment Inexorablement
Trop sensiblement
Paris, 27 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 43
Le temps s’évapore
léger comme une enclume
J’observe impuissant
ses allées et venues
Ses virevoltes
rythment les heures
J’écris son inconstance
son impudeur
Il enchevêtre les jours
ride les rêves
fane les visages
au fond des geôles
Il assèche les sources
flétrit les âmes
comme un coquelicot
dans son bouton
Son miroir de larmes
reflète ta peine
et la vie carcérale
d’un printemps avorté
Je n’aime ni son masque
inutile anonyme
ni ses peurs
incontrôlables
Je récuse tes artifices
tes faux-semblants
et préfère tes fêlures
tes esquifs tes naufrages
Tu déraisonnes sycophante
d’indifférente mortifère
en amazone amoureuse
Tu aguiches je succombe
Paris, 28 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 44
Que sont devenues mes nuits de Paname parnassiennes amoureuses peuplées de féetauds et de fées Elles s’allongent en ce printemps viral et confiné qui tourne à l’orage prennent la teinte livide des morts sans visage sans nom sans deuil sans larme À peine un soupir un ultime et ces corps s’entassent sans âme sans adieu statistiques sordides dans les cases d’un tableau graphiques et diagrammes vides de sens emplis d’oubli
Paris, 29 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 45
J’aime dans un songe
écouter la nuit clandestine
les bruits étranges
de la ville perverse
aux murs nus et sales
ses murmures amoureux
sans âge ni passion
qui gardent en âme
une laisse insipide
incolore
inodore
J’aime la nuit
lorsqu’en songe passe
une angesse sans bruit
que le bruissement de ses elles
et le mythe miteux
son pucelage improbable
et le sel sentinelle
qui me ramène sage
à la déraison
Paris, 30 avril © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 46
Ce confinement me désincarne
je deviens félin
mystique et gris
mistigri
j’oscille sur le seuil
à la lourde entrouverte
bacchantes en alerte
Il est trop tôt
ou peut-être un peu tard
fait-il assez jour
sous ces cieux menaçants
Il n’y a dehors
pas un chat ça m’inquiète
mais au loin n’est-ce pas
un cerbère un cabot
qui musèle son maitre et le tient en laisse
poil hérissé
je sors mes griffes
prêt à bondir
il vaut mieux être sage
rebrousser chemin
repousser la porte
je me dois de sortir
le muguet est en fleurs
la fleuriste n’attend pas
et minette me tente
cette chatte a du chien
N’est-ce pas la bruine qui vient
lente et pénétrante
et sent le chien mouillé
ce soleil m’éblouit
le vent se lève
un frisson sur mon échine
des frimas au mois de mai
le bitume m’agresse
mes coussinets suintent
ne serais-je pas trop gris
Je suis agoraphobe
il faut battre en retraite
un molosse robocopé
sous son masque
attend que je sorte
cet autre mâtin
sans son masque
me dis viens coco
je te hais te confine
te coronavirusse
te dégrise en cellule
chien bleu chat noir
chauve-souris
Sauve-qui-peut
je suis pantophobe
pangoline-nous
reconfine-nous
étrange étrangère
LBD mon amour
ma petite bombe
lacrymale
je miaule feule et rugis
minouche avertie vaut deux crimes
pauvre j’enrage de ces rimes
qui ne riment à rien
Trop de monde sur la ville
piétine ta liberté
d’être et d’aller
là où bon te semble
les grands te bafouent
foulent aux pieds sur la grève
les conquis sociaux
nos jours heureux
nous
Premier mai confiné
premiers pas printaniers
c’est le manifeste du mois
mon manifeste à moi
je suis chat
gris blanquerisé
macronisé
échaudé chassé
de ses châteaux en Espagne
Paris, 1er mai © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 47
Quand le rêve m'abandonne
sur les chemins escarpés
d'un avenir incertain
quand il m'emprisonne
dans ses geôles froides
le regard attiré par les flammes
d’une forge mythique
je m’égare
Le ruissèlement de la lave
qu’attise le soufflet
me consume à ses mots
à la morsure du brasier
à la brulure de la langue
à ces cris bâillonnés
nos vies martelées
trop approchées du soleil
Vulcain frappe à la porte
de mon cœur en enclume
ce fatras du silence
m'oxyde
m’étourdit
J'entends au loin corner
le train dans la brume des jours
je siffle l'ultime bouteille
comme on en jette à la mer
au destin maudit
avec nos amours
nos larmes rouillées
Mène moi jusqu'aux
rives de tes rêves
dans nos dérives
vers la beauté nue
de nos errances folles
en terre éphémère
où nos vies s'achèvent
en feu d’artifice
Paris, 2 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
48th DAY
Those uncredible stories
rocked my childhood
I end up not believing it anymore
and concocted my own dreams
I imagined many words
created a magic world
many ladies many lords
I played with them
I lived with them
I sleeped with them
I imagined many words
I was drewing them in my soul
I awaked them for life
I was an creative and music god
I met loves
in bosom of my child life
but I put on gloves
I covered my heart my mind
on my silly soul
with a heavy black shroud
I'll never dream again
those scenes from childhood
Thanks to the piano
and Robert Schumann
Paris, 3 mai
© Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 49
Saurai-je un soir
éteindre les étoiles
endormir mes neurones
sur la plage dormante
m’abandonner
à la mer étale
me livrer cœur et âme
aux bras de Morphée
m’y confiner
noyé de larmes létales
Je te sais par corps
jusqu’à l’arc-en-ciel
de nos nuits violines
jusqu’aux tréfonds de ta chair
jusqu’au phare chancelant
sous l’assaut des vagues
sans peur sans colère
contre l’écume acérée
que laisse le flux capricieux
de ses lames sur ta peau
et le sable dans tes replis
les oyats sur tes dunes
le vaisseau naufragé
et l’ebbe sanglante
qui glace les os
Alors pourquoi ces limbes
ces falaises crieuses
ces rafales ces révoltes
qui sapent l’argile
les fossiles de craie
pourquoi ces armes
insoumis amour
ces fleurs de sel
qui souillent le revif
de mes rêves
palimpsestes
les parsèment de galets
d’éclats de silex
pourquoi le silence de nos sexes
après le tumulte des tempêtes
Peu m’importe s’il est tard
à ta montre
Peu m’importe
puisque la mer
monte
Paris, 4 mai © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 50
J’attends dans le silence inquiétant de la nuit blanche et noire
Pourquoi n’entendre ce soir que les battements de ton cœur heurtant les carreaux ruisselants et le souffle angoissé de ta bouche soupirer sur mes lèvres closes
La nuit muette crie sa souffrance dans l’ombre de ton absence
Les mots se consument avant d’être dits
Mes rêves parcheminés meurent avant de prendre vie
J’attends dans le silence inquiétant de la nuit noire et blanche que s’estompent les silhouettes monstrueuses
Pourquoi le jour libérateur ne nous sort-il pas de la frigide torpeur pénétrant nos corps confinés et mouillant nos draps gris et rêches où le ciel éteint l’assurance
J’ai la gorge sèche d’avoir trop brulé les mots avant qu’ils ne t’atteignent
J’ai l’âme épuisée d’avoir tant et tant espéré le printemps quand l’hiver étreindra l’été
Je retourne à ma nuit contaminée
J’implore le crépuscule saumâtre et blasphème ses chimères virales
Je t’écris de ma nuit grise et cendrée de mes cauchemars sismiques et m’endors aux rives étranges d’un horizon lacunaire inversé
Autour la ville se lève halète et germe
Je te sais gémir
J’aime te sentir arriver te draper de plaisir et de ciel saisir le rayon d’un soleil lunaire ensemencer l’espoir
Enfin le rêve vit
Paris, 5 mai © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 51
La nuit desserre son étreinte
et ce qu’elle avait figé Impuissants les marronniers en deuil
sacrifient au bitume leurs fleurs de sable
et mes fêlures d’intranquillité
la cour est leur morgue
Il neige en mai des flocons de colère
dans la chambre mortuaire aux anges transis
Les géants d’orgueil reprochent au jeune
lilas blanc de la cour voisine
son insolente candeur
Tout tremble
jusqu’à l’ombre floutée des cheminées
sur la tôle du toit d’en face
Le ciel de coton
pour des rêves douillets
où le chant des oiseaux berce l’invisible
hésite entre grisaille et azur
semble s’étirer dans le doute
du petit matin fébrile
La brique et la pierre ternes
s’éclairent peu à peu
Le soleil impose sa force à la pénombre
cueille le jour et la pomme interdite
efface l’ardoise de mes festins solitaires
gomme la sorgue agonie
mais m’en abandonne les stigmates
efface les marches du temps
J'éteins le réveil Étincellent le zinc et l’Huma du matin
Paris, 6 mai © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 52
Dans ce chemin bordé
d’aubépines et de ronces
de noisetiers et d’érables
entre ville et campagne
entre école et palisses
d’infantiles ou d’adolescentes
histoires d’errances
premières idylles
premiers émois
premiers effrois
premières magies
naissent
vivent
meurent
portées par les vents
les corps et les cœurs
au firmament
Je n’ai pas oublié
que je t’aimai
Paris, 7 mai © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 53
à Lily
Ce confinement
là-haut leurs crécelles
masques et lourdes bergamasques
grasse commedia dell’arte
confinent à l’absurde
crispent l’en-vie
diffament le désir
entorturent le travail
agonissent la paresse
blasphèment l’artiste
éclipsent la culture
aliènent l’hemme
et mutilent l’avenir
* * * * * * * * * * * * *
Dans l'attente d'un meilleur demain tu comptes les lattes du parquet des persiennes les barreaux du balcon les fenêtres d’en face les clochettes fanées de chaque brin de muguet ou les pieds de mes vers avec et sans diérèse
* * * * * * * * * * * * *
Tes pensées se perdent
tes soupirs s’évanouissent
l’horloge de ton cœur rythme-t-elle encore
l’incertitude insoutenable de l’instant
* * * * * * * * * * * * *
Mais soudain
de la monotonie psalmodiée des jours
de la grisaille des failles indociles
entre mais au-delà les murs
ta voix retentit
crescendo cristalline
ravive et désaltère l’âme
comme le chant des cascades dont on se rapproche après une marche harassante
intemporelle et fragile
comme l’écho brisant la solitude
* * * * * * * * * * * * *
Alors tes mains tes bras tes épaules
se mettent en mouvement
ton visage s’illumine
tes rêves t’élèvent
tu te mets à danser
en lentes arabesques
puis dans un tourbillon
d’ellipse en spirales
libre insoumise
audacieuse et frivole
tu brises les césures
éparpilles les rimes
chorégraphies la vie
sublimes le corps
t’accapares l’espace
tutoies le ciel et la lune
délivres les étoiles
enrôles les puissances
insultes le temps
contamines le silence
assassines le vide
poétises le réel
ressuscites l’espoir
Paris, 8 mai © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
JOUR 54
Dehors le silence devient lourd
Dedans l’atmosphère oppressante
Elle annonce sa venue
par un lent trille
tambourine à la fenêtre
palpite
s’emballe
au loin un tremolo de tonnerre
l’orage approche résolu
déchire un ciel en deuil
accroche sa zébrure
accelerando
La violence de l’averse surprend
d’abord verticale et drue
d’une violence indomptable
la rue s’agite lessivée
les passants imbibés s’affolent
s’abritent
leur course s’efface sous la grisaille
parfumée d’asphalte
Le vent se lève et tout se met à danser
les gouttes martèlent le carreau
cascadent
Je suis leur valse-hésitation
leurs rencontres impromptues
elles enflent et se séparent
destin fragile et fugace
Tout cesse comme on a commencé
laisse d’éphémères stigmates
des arabesques ruisselantes
Bientôt le vent faiblit
assèche les pleurs
Prudent j’entrouvre la fenêtre
Le merle assouvi s’amuse à siffler
Un roucoulement lui répond
dans les effluves de terre cielleuse
Le cours des heures berce les ombres
et les cœurs diluviens
Paris, 9 mai © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement

JOUR 55
à Toi, pour un 10 mai
Je compostais souvent mes pages imaginais les confettis du poinçonneur Je regardais par la vitre défiler à grande vitesse la vie ma vie Puis je délaissai la foule des grandes lignes pour des tortillards tranquilles je me trompais parfois de train en hasardeux aiguillages je déraillai de temps en temps Épris de liberté je récusais les contrôles pensais lutte des classes justice sociale J’arrivai sans doute trop tard sur le quai bien des fois ou seulement quelques secondes après le départ Je crus voir à tort le bout du tunnel arriver à bon port après trop de rendez-vous ratés de correspondances interrompues De province je rêvai d’Austerlitz mais subis Waterloo Je posai mes valises au Terminus Nord en fredonnant Le Sud Je regardais les êtres qui n'étaient déjà plus pleurer sur les marches Je voulais les consoler sans oser à peine l’esquisse d’un sourire combien en laissai-je s’éloigner combien restèrent en gare alors que je partais Un jour de pluie mes caténaires rompirent je bannis le pantographe tirai ma sonnette d’alarme sautai du wagon gris en marche trébuchai sur le ballast butai contre les traverses pour marcher vers le soleil Je bloquai les aiguilles de l’horloge de fer vidai la clepsydre chantai les cerises et le merle moqueur Je rêvai d’autres chemins sans queue ni tête champêtres ou boisées à la mer à la montagne la vie l’amour toi nous sans fin
Paris, 10 mai © Autobiopoèmes, Des mots pour un déconfinement
Voilà... 10 mai 2020, dernier jour du confinement. Prenez soin de vous, de vos proches, peut-être encore plus maintenant.

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