AUTOBIOPOÈMES - Fluctuat nec mergitur (1ère partie)
- Henri Baron
- 10 août 2020
- 26 min de lecture
Dernière mise à jour : 18 déc. 2024
~ de janvier à juin ~
Textes écrits de 2000 à aujourd'hui

Jardins du Luxembourg, la Liberté éclairant le monde, d'Auguste Bartholdi (1834-1904) - sculpture de bronze ayant servi de modèle à la Statue de la Liberté offerte aux États-Unis en 1886.
ATLAS - I
J'attends dans le silence inquiétant de la nuit blanche et noire
Pourquoi n'entends-je ce soir que les battements de ton cœur heurter les carreaux ruisselants
et le souffle angoissant de ta bouche soupirer sur mes lèvres closes
La nuit muette crie sa souffrance dans l'ombre sombre de ton absence
Les mots se consument avant d'être dits et mes rêves meurent avant de prendre vie
J'attends dans le silence inquiétant de la nuit noire et blanche que s'estompent les silhouettes monstrueuses
et qu'un jour libateur me libère de ma torpeur
J'ai la gorge sèche d'avoir trop brûlé les mots avant qu'ils ne t'atteignent
J'ai le cœur épuisé d'avoir espéré
Les feux de l'amour laissent un goût de cendre amère
Mais je vis
Je survis
Et finis par m'endormir quand la ville se lève autour
Enfin le rêve vit
Paris, 24 novembre
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
ATLAS - II
Le chat blanc sur la terrasse
Immobile se prélasse
Contemple le temps qui passe
Une étoile dédicace
Le livre noir de l'espace
Qui se déchire agace et se glace
Paris, 7 décembre © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
OARISTYS VOLUBILIS
L'éternité est faite de petits éphémères. Ces moments magiques où le charme semble figer le temps, dans un frisson de tendresse, dans un baiser volé à ton sourire, dans ce parfum d'amour qui mêle nos deux corps voluptueux dans la caresse douce de nos mains fiévreuses ardentes qui se cherchent s'ouvrent se serrent, de nos ventres qui se frôlent se dérobent se touchent encore, dans nos vies entrelacées à l'infini, dans les éclats de rire à nos yeux ébréchés, dans la saveur océane de ta peau douce et nue.
Paris, 29 décembre © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
GRANDS PETITS BONHEURS
Petit Bonheur au clair de lune À la flamme d'une bougie Qui bleuit les draps neufs froissés Où tu languis après l'amour Petit Bonheur le vent d'hiver S'arrête aux carreaux poussiéreux Ton corps bouillonne sous les draps Où tu languis après l'amour Petit bonheur à l'âge tendre L'aube naîtra des cendres grises L'aube naîtra sur le sillon De tes reins où ma bouche s'use Petit bonheur à l'âme en peine Je t'aimerai comme un poème Écrit de mon sang rose rouge À mes lèvres où ta bouche s'use Clair de lune mon grand Bonheur
Embrun, 31 décembre © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
NOUVEL AN
J’aime l’éclat de ton rire Les étoiles dans tes yeux et le scintillement de tes lèvres Le parfum de ta peau J’aime le naufrage de ton cœur Qui chemine sous la lune Dans les méandres sans fin De l’amour et du destin J’aime la vie qui palpite En ton sein roide et fier Et l’humilité de ta bouche Où s’usent mes baisers J’aime le voile cotonneux Que tisse la nuit Sur nos corps fiévreux Et ton charme ensorceleur Je T’aime
Embrun, 1er janvier © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
AN NOUVEAU
Le ciel déborde de paresse en ce matin de limpide et bleu Sur le vieux cadran de pierre à la verticale l'ombre doit s'être figée Même les cigales semblent succomber Savourer le temps suspendu ses parfums mêlés ses silences mélodieux sa chaleur douce et fruitée Fermer encore les yeux Attendre La caresse d'un mot d'un baiser Rien Rien dans cette maison muette qui incite à quitter les draps tièdes et plissés du lit devenu trop grand
Embrun, 1er janvier © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
7 JANVIER 2015
Douze. Douze coups de midi. Douze fois douze coups de mitraille. Douze. Douze vies volées. À l’humour. À l’amour. Tant d’autres meurtries. À jamais. Pour toujours. Douze. Douze vies insoumises. Inachevées. Douze éternités. Doux irrespect. Inexorablement. Imperceptiblement. Les cœurs saignent et tu ne comprends pas. Ce détestable frisson qui te parcourt l’échine. Tu trésailles. Les larmes s’échappent. S’évaporent. Se métamorphosent en un gigantesque éclat. De vie. De rire. Rire de la mort. Rire plus fort que la mort. Rire plus fort encore. Encore et toujours. Toujours. Tous jours. Jour. Jour après la nuit. Lacérer les ténèbres. Semer des étoiles. Laisser germer le soleil. Laisser gerber le Verbe et pisser l’Espérance. Escracher d’encre. Sagouiller de peinture. Chariboter les déesses. Jardiner les divins. Enrosserles roussins. Travioler les riflards. Bricoler leurs bibardes. Douze. Douze tirent leur irrévérence. Bravo les braves.
Paris, 7 janvier © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur

ALCINE
J'aime La caresse du ciel La promesse des vents La tendresse des flots J'aime Le soleil dans tes yeux Le sommeil sur ta chair
Quand s'enrayent mes mots J’aime La lune mordorée Le galbe de ta robe Où trébuche le verbe J’aime Le brisant de nos verres Et l’envers de nos corps Dans la brume de cendre J’aime Les versets versatiles Sous l’averse sanguine Qui s’encre de tes rêves J’aime Ce verso vierge encore Qu’effleurent en silence Tes lèvres étoilées J’aime Le doux vacillement De nos maux qui s’étiolent Sur les pages du temps J’aime Ton âme délétère Ta flamme et ton enfer Où grésille ma vie J’aime Ton livre du désir Ton charme ensorceleur Foudroyante cigüe
ALCINOE
Love is The caress of the sky The promise of the wind The fondness of the waves Love is The sunlight in your eyes The sleep on your limp skin When my words block themselves Love is The golden honeyed moon Your lovely shapely dress Where the god’s word stumbles Love is Our wine glasses breaking In the ash mist wrapping Our bodies upside down Love is The versatile verses Under the bloody shower Inked because of your dreams Love is This still blank back That your black starry lips Deflower in silence Love is As the gentle wobble From all our waning woes On the time’s white pages Love is Your deleterious soul And your flames and your hell Where my shit life sizzles Love is Your record of desire Your bewitching charm up To the fatal hemlock
Paris, 12 juin – 12 janvier © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
ONDINE
C'est la semaine où jeudi 12 vaut vendredi 13 jour lugubre
Depuis si longtemps je dis que sur terre sur mer à la piscine aussi l'enfer est bleu de cris de silences de pleurs de rires Saut
enchainement
brasse
une ondine
elle nage nage nage
première longueur
nage nage le bord approche soudain le drame
enfant si frêle
presque noyée
petit corps en apnée
vite vite
le temps défile
le temps s'étire
inerte à moins trois mètres
on la remonte en surface
état d'urgence
vite vite
le temps s'étire
le temps défile
cœur figé
cœur massé
vite vite
le temps s'étire
le temps défile
paupières baissées
bouche à bouche
vite vite
le temps s'étire
le temps défile
Soulagement
ramenée à la vie
sauve
in extremis
extirpée des limbes
la sirène s'anime
le temps
lentement
se fige
Oxygène
Vivante
vive
vivas
Personne n'entend
juste un brouhaha dans la tête
vertige
Vivante
la sirène
celle des pompiers
vivante
Elle
vit
on peut recommencer à pleurer
rire
crier
chanter
Bleu
le paradis l'est aussi
Paris, 12 janvier HB © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
26 NIVÔSE AN CCXXIX
à Melwenn
J’use mes rêves sur l’asphalte enneigé
un chant monte de la foule
d’un pied sur l’autre en cadence
tu embrasses le monde
et son tumulte
noir rouge jaune
* * * * * * *
Eux bottés casqués
carapacés
matelassés
en marche
ils nassent
agacent
menacent
* * * * * * *
Matraques dressées
en sceptres d’autorité lugubre
ils emmurent la clameur
soudain le silence
glacé
* * * * * * *
Tu me sors de ma torpeur
rassembles sur un arbuste
les flocons blancs
immaculés
me les lances
en un éclat de rire
qui masque tes yeux
* * * * * * *
Tu es née sous la neige
un presque soir après nivôse
deux cents vingt et un
un jour d’histoire
de roi décapité
Princesse blanche
au poing levé
drapée de rouge
et déjà libre
* * * * * * *
« Nous on est là
Pour l’honneur des travailleurs
Et pour un monde meilleur »
* * * * * * *
La neige est plus légère
désinvolte
insoumise
moins assurée
entre la grâce fragile
de tes bras
et l’amour malicieux
* * * * * * *
« Papa
Princesse blanche
C’est pas un peu xagère »
Paris, avenue Daumesnil, 16 et 21 janvier
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
INHUMANITÉ
Quand l'État se défausse ne protège pas pris en flagrant délit d'inhumanité quand les portes hostiles ferment les yeux sur la misère de deux tours de verrou comme on s'emprisonne de l'intérieur ou plutôt comme on emprisonne au froid à la faim ceux du dehors des bras heureusement s'ouvrent hospitaliers embrassent offrent la chaleur du don et leur silence hurle aux galets qui tiennent lieu de cœur à ceux qui ont oublié qu'eux leur pères leurs ancêtres un jour fuirent furent pauvres
affamés étrangers
Paris, 22 janvier
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
Le 13 janvier 2022, un campement de migrants a été rasé au tractopelle à Grande-Synthe.
Le 16 janvier, sous les yeux des compagnies de CRS, les tentes d’un campement de migrants étaient lacérées à coups de couteaux.
Le 14 janvier, un jeune migrant a été retrouvé noyé dans la Manche.
Le 24 novembre dernier, 27 personnes avaient trouvé la mort en tentant de rejoindre la Grande-Bretagne.
En 2021, plus de 35000 personnes – adultes, enfants – ont tenté de traverser la Manche, parfois sur des embarcations de fortune, souvent au péril de leur vie. Un quart d’entre elles ont pu être secourues.
CARREAU DU TEMPLE
Que les femmes sont belles à danser dans le soleil hi-vernal les ombres arabesquent leur peau nue leur danse est mélancodieuse maléfangélique
danse des sortilèges danse essence des en-corps danse essentielle elle rythme leurs sens encéleste les sentiments elle est cette fêlure de l'âme elle est ce carreau brisé talon d’Achille point névralgique de l'armure temple de la chair et du désir
du sourire en scène
acoustique en cette cour des miracles en cet oasis aux mirages
elles innervent
enfièvrent
cette halle de verre et d’acier
aux mille reflets
infantes de la balle
paumes vers les cieux
yeux dans mes yeux
implorant le fervent
la transe amoureuse
* * * * * * * * * * * * *
Fasciné par ce regard altier
presque pervers
avatar atavique démoniaque à damner les rois les reines dionysiaque à charmer les devins et les divines je me laisse subjuguer
enflammer
envouter
emporter
bercer par le sac et le ressac la beauté névrosée de cette fille de cette femme jeune ou vieille qu’importe matissée
métissée
mystique mais libre
jusqu’au final en farandole
infernale
océane et tellurique
en anachronique chorée
vertige de païennes derviches
bal des ardentes
avant l’eschatologique effondrement
* * * * * * * * * * * * *
Par la transe
ou la danse
elles périssent
ressuscitent
sans cesse
de leurs cendres
Paris, 30 janvier
HB © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
DUM SPIRO SPERO
Ton absence nue Sentence absolue Et soudain le silence étiré jusqu’à ce long déchirement où tu sembles avoir vécu toutes tes vies L’ultime engloutit tes souvenirs froissés comme les draps après nos luttes comme la mer énervée recouvre dans son tumulte les galets de la mémoire les lave et les polit jusqu’à cette insultante blancheur Fallait-il que ta mémoire fut rance et mensongère pour être ainsi lessivée Quelles horreurs légitimaient l’exil de mon âme fissurée
Paris, le 7 février Longues-sur-Mer, le 26 février © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
J'ai décidé de vivre à l'âge où meurent les messies J'ai largué les amarres pour d'autres rives d'autres ports confié ma route à une étoile incertaine
Paris, le 12 février © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
MÉTEMPSYCHOSE DE LA POÉSIE
Sur les chemins des chimères Sous les reflets de la lune Le poète court après les astres Sa quête immémoriale Ruisselle sur les collines Déflore les roses du destin Éclipse ses pensées célestes Le tumulte des sources Assourdit le silence des sens Le poète attend l’automne Et ses brumes iridescentes Les fébriles fées des sources Exilées dans une ère anandryne Le désaltèrent et l’enivrent Il lève l’ancre Libère l’encre de ses veines S’éloigne des sombres rives amères De la cruauté de leur flamboyance Le voici seul et nu Pérégrin dans l’immensité De la foule aveugle et sourde Le voici seul tremblant Sans sève et sans ascèse Juste avec le grain du passeur Grain de l’âme nomade tourmentée Grain du cœur philanthrope Qui corsairise les maux Et contrebande nos mots Il est plus que temps d’incendier les cieux Et métamorphoser la folie
Paris, le 15 février Longues-sur-Mer, le 27 février © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
VACANCE DE VACANCES
Parce que je suis au travail à trier classer ranger
rédiger
Parce que sept semaines viennent d'empoisonner l'école ses élèves ses personnels
* * * * * * * * * * * * *
Parce que la hiérarchie s'en fout tête coulée dans le béton la hiérarchie s'en fout cœur d'acier bruni rouillé la hiérarchie s'en fout sourde et muette comme dieux aux prières
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Parce que la hiérarchie ne s'en fout même pas
elle tisse sa toile éjacule son venin libéral éructe ses éléments de langage manage à donner la gerbe à faner l'espérance elle réalise son vœu sa mission son horizon elle s'acharne en kaki
enchemise en noir
des lendemains qui déchantent
quand le ver se sera bientôt bâfré du fruit
qu’il n’y aura plus de pulpe
ni d’espoir de germination personne ne sonnera plus la récréation
* * * * * * * * * * * * *
Parce que Paris est sous le soleil que la cour ne résonne plus des cris d'enfants et que j'entends au loin par-delà le trafic périphérique le vent dans les falaises le sac et le ressac sur les rochers mes muscles mon cerveau m'abandonnent il fait sommeil il fait rêve une sieste sur un banc à l'abri de la pierre à l'abri du temps qui passe et pèse et du grand capital
* * * * * * * * * * * * *
Je ne partirai pas demain
Paris, le 19 février © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
GRUES CENDRÉES
Huit heures
à la fenêtre de ce troisième étage équivalent de cinq
Huit heures
déjà
encore
Huit heures
la nuit fut blanche
l’aube est grise
aux fausses promesses
Huit heures à l’âme noire
le parisien n’est pas lève-tôt
les fenêtres s’illuminent peu à peu
je ne dors pas
me lever ne m’est ni nécessité
ni fardeau
Huit heures à la sonnerie
alors peut commencer le ballet des grues
aux ailes de cendre
derviches de métal
elles accompagnent le sifflet des merles par le grincement de leurs élytres d’acier
Comme en apesanteur
malgré leur bât
et leur long cou comme un mat du White Pearl
les tapineuses tournent
virent d’un sens à l’autre
enroulent les volutes
de nos voluptueux désirs
Ces croix cupulées
aux bras asymétriques
effilochent les brumes de ma pensée
ou la fumée de mon café
En oiseaux de mauvais augure
les sapines touchent le ciel
encagent la lune
et pointent un paradis païen à la certitude factice
Je me détourne de ces potences anthropomorphes
je les avais d’abord trouvées belles
Comme elles
il me faut aller tapiner
me déplier
me déployer
oublier qu’on m’a coupé les ailes
et plombé le cœur
Paris, le 21 février © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
GARE MONTPARNASSE
Terminus
Gare Montparnasse
j'y ai perdu mes nerfs
j'y ai rompu mes caténaires
je n'y suis plus qu'un train fantôme
sans passagères
le temps passe et dégénère
parti trop tôt
arrivés trop tard
les passagers restent à quai
débarqués en plein hiver
avec mes amours qui s'en souviennent
avec Verlaine
feues les amours d'hiers sans lendemains
en alexandrains
« Le train traçait le jour et déchirait la nuit
Ramenait les amours, abolissait l’ennui. »
Je suis un train
train quotidien
train couchette pour noctambules
sans destinée
sans correspondance
sans deux minutes d'arrêt
sans coup de sifflet du chef de gare
sans amoureuse transie de m'attendre à l'arrivée
sans amoureuse tremblant du chagrin des départs
je file parfois si vite qu'on dit que je vole
je ne m'arrêterai pas à Poitiers
pas à La Rochelle
juste un détour
un dernier tour de piste
sans étoiles
Je suis un train troubadour
boute-en-train
me voici sans rime
sans âme
sans amour
sans personne à étreindre
Je suis un train
à trainer sur les ponts
à ne voir jamais la fin des tunnels
un traine-savates
un traine-comète
à trainer des mariées à l'hôtel
à trainer des divorcées à l'autel
J'ai entraîné des unes et des autres
vers des luttes vers des grèves
des mômes vers leurs rêves
des Bretons vers où la terre prend fin
des Parisiens partout
des Corses vers la liberté
des Basques au-delà des frontières
des footeux
des matheux
des mateurs de beau
des armateurs
des amateurs d'histoires
des chercheurs en Histoire
des amoureux de la nature
et du verbe
des poètes à la marge
à publier ou non
des vedettes du showbiz
des géomètres de la rime ou de ta peau
des curieux de l'univers
des croyants en prières
des mécréants
des athées
des hérétiques
des malades sévères
vers leur station balnéaire
des médecines douces
des médecins fous
pas trop j'espère
de fanatiques
d’islamistes
de complotistes
de racistes
de rassemblementnationalistes
de zemouriennes
de zemouristes
mais des humoristes
des humanistes
des journalistes free-lance
des surfeuses en freestyle
Voilà je suis un train
pas même fichu d'écrire
comme je me l'étais promis
un joli quatrain
sur la gare Montparnasse
si je m’astreins au beau
je suis un faux-train
train de sénateur
puis train de folie
j’en essouffle les foules
la raison me contraint
elle ne voudrait que vérité
Je suis un train
triste à quai
sans entrain
de rame en rame
je rame
de gare de triage
en délestage
je hais les gares
à perpétuité
à quai le regard vide
hagard
composté
dans l'angoisse du mauvais aiguillage
n'ayant nulle part où aller
à part de gare en gare
je m’égare
me gargarise d’indécence
que cette gare en courants d’air est froide
où courent les gens pressés
derrière le temps qui ne s’arrête jamais
ils courent après du vent
oublient les passions
oublient les voies
ils semblent électrons libres
ils sont aliénés aux aiguilles de leur montre
qu’ils portent en oreille
pour rester dans le train en marche
mais leur train de vie les perd
mesdames et messieurs contrôle des billets
J'aurais préféré mille fois
un bateau à voile
pour me balader en ballade
avec la mer et ses iles parfumées
mieux vaut le ballast d’un petit sous-marin
au milieu des étoiles et des oursins
que celui pré-destiné de ce chemin de fer rouillé
sinon j’aurais même été cheval
à regarder les bovidées brouter par centaines
de jolies fleurs blanches au cœur jaune
sans dégout pour leur parfum fétide
les vaches tachetées m’empêcheraient de ruminer
d’ailleurs j'aime les prés verts
Georges et Léo aussi
ma prison c'est cette voie ferrée
faite de rectilignes et de courbes
mais toujours parallèles
j’avoue j’ai parfois quitté les rails
certains devraient essayer
avec le temps va tout s’en va
on en oublie la voie
tu ne dérailles jamais peut-être
toi à qui je donne du vent
et l’envie de te botter le train
on se croit motrice
on n’est que tortillard
à remuer son derrière
prends garde à la barrière
un arrière-train peut en cacher un autre
Je suis un train
de passage
jamais à niveau
de repassage
à la sagesse rouillée
train de fret
de marchandises
et ses wagons à bestiaux
ses wagons citernes
si ternes
train grumier
train miniature
pour fuir les petites traitrises de l’enfance
je ne serai pas en retard
en cet ultime voyage
s’il vous plait j’aimerais un aller
sans retour
Longues-sur-Mer, 1er-2 mars © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
8 MARS
Je ne t'offrirai pas
de roses du Kenya
je ne t'offrirai pas
un poème à l'eau de rose
je ne t'offrirai pas
le rose de mes muscles
je ne t'offrirai pas
des soies des dentelles roses
Pour vaincre le patriarcat
tu as besoin
de mégaphone
de gants de boxe
de drapeaux rouges
noirs
arc-en-ciel
pour lutter
pour tes droits
ceux de tes sœurs
ceux de nos filles
Tu n'as pas besoin de moi
mais je suis
je reste
en ce même combat
Paris, 8 mars
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
En 2022, l'inégalité salariale entre hommes et femmes est d'environ 25%. Comme si, chaque jour à 15h40, elles continuaient de travailler sans être payées. Au 21e siècle, la lutte continue pour l'égalité réelle, pas seulement en droits. Et il n'est évidemment pas que question de salaire...
ÉPOUSAILLES - I
Je t'épouserai
un samedi peut-être
matin sans doute
d'été sûrement
Je t'épouserai
sous un ciel bleu peut-être
soleil sans doute
d'amour sûrement
Je t'épouserai
pour très longtemps peut-être
la vie sans doute
sans fin sûrement
Paris, 12 mars © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
ÉPOUSAILLES - II
Il y aura le soleil Sur ta robe alba rosa Ce petit matin d'été Où nous mêlerons nos vies Il y aura le soleil Sur ton visage ton ventre Cet après-midi d'été Où nous mêlerons nos corps Il y aura le soleil Sur ce frêle bout d'amour Ce soir tendre et bleu d'été Et il te ressemblera
Paris, 15 mars © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
18 MARS
Le chemin de pierraille rêve encore et se soulève quand claque le drapeau rouge des colères de femmes et d’hommes
qui n’ont dignement à défendre
qu’une parcelle d’humanité
Paris, le 18 mars
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
FAILLES
fentes abysses brèches cratères gerçures fractures blessures précipices interstices estafilades craquelures échancrures
écorchures déchirures
crevasses cicatrices
entailles
rainures
balafres
brisures
fissures
fêlures
failles
J'aime tout le vide en toi tout ce qui s'échappe tout ce qui parfois m'échappe ou te ressemble où je m'engouffre
Paris, 20 mars
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
À TOUT CŒUR
Mon cœur
te voilà vieux soudain dans ce petit matin décati connaitras-tu longtemps encore la douceur de l'estive ces soirs infinis des étés en famille l'embrasement de l'automne et la porte ouverte de Samhain avant les temps de noirceur qu'illuminera le vin doré des vendanges tardives patienteras-tu jusqu'aux mystères aux sourires d'Yule
aux yeux étoilés des gavroches
devant la buche flambée au marc de prunelle
Paris, le 27 mars
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
CONCERVATOIRE
Ouvertes sur le printemps
les fenêtres laissent s'échapper des gammes
hésitantes
assurées
de violon
basson
quand le piano s'en mêle
avec un prélude de Bach
la robe rouge sur la place se met à danser
Dans le reflet déformé
le réel se libère
les illusions s'emmêlent
les droites s'encourbent
les courbes se fondent
la perception chavire
À trop vouloir ressusciter les formes
les mots fusionnent la raison naufrage le temps se brouille se ride se fige Il est déjà tard
Ou peut-être trop tôt
Paris, 25 mars – 3 avril
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur

Photographie © HB - Conservatoire Paul Dukas, Paris 12e, le 25/03/2022
RÉGIME CEINTURE
Laissez-moi dans un mouroir dans un hache-paix prescrivez mon droit d'asile cam-isolez-moi aliéné je le suis déjà par ordonnance par le travail le capital par l'amour trop fidèle mon cœur fatigue ma mémoire flanche mes neurones dansent la gigue un comble pour qui ne sait danser mes analyses éjaculent urine et sang gerbent inutiles et sans-gêne les médecins m'assomment m'assourdissent me brisent les tympans
irréfragables ne fumez plus je ne fume pas ne buvez plus je bois pour ne pas fumer ne mangez plus je mange par nécessité
par beauté
volupté interdits les plaisirs refoulez vos désirs vivez sain ascète cénobite sinon vous ne vivrez pas longtemps vous clamserez brusquement ou dans d'horribles souffrances éternelles vous vous retrouverez en enfer Docteur je vous aime bien mais pas la vie sainte-nitouche que vous m'ordonnancez j'aime le désordre dans ma tête dans mon cœur mes vers et mon bureau
j'aime l’ivresse du désir
marcher en bord de mer et la picole des deux dimanches je fumerais bien une pipe au soleil de ma cheminée
retrousserais encore quelques robes
d’hiver ou d’été
trousserais bien quelque majesté
je n'aime ni la soutane ni le voile
ni la messe ni les barreaux ni la morale à deux balles
hédonophobe
et grossophobe la mort inéluctable m'impressionne moins que la vie sans plaisir je ne veux pas vivre avec le corps ou le cerveau mort je mourrai sans remords sauf un ou deux peut-être et je vous l'accorde le regret de n'être pas poète
Paris, 5-6 avril
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
10 AVRIL 2022
Six heures d'insupportable impuissance
entremêlée d'espérance
vaine
Six heures à laisser s'écouler
ce cauchemar venin
se répandre en mes veines
Le voilà réalité
J'ai beau rager
pleurer
rien n'arrêtera ce flot d'amertume
en nuit de défaite
poison printanier
Ne pas dormir
ne pas sombrer
s'inventer un après
renouer le fil des luttes
point de suture
renouer avec nos valeurs
nos couleurs
comme une évidence
Œil sec et poing levé
fier
libre
solidaire
adelphique
sans frontière
sans culte d'aucun dieu fût-il de sel d'or ou d'argent
Pour la Terre
ses enfants
nos enfants
Demain
Maintenant
Paris, 11 avril, 2 heures du matin et des minutes d'éternité
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
SANS NUANCES DE GRIS
Le ciel s’est perdu
il pleut des cordes à se pendre
ou suspendre les rêves
* * * * * * * * * * * * *
Chat pelotonné sous la fenêtre
mer de coton cendré
à filtrer les échappements
asphalte à crisser les pneus larges
des pseudos sportives à pollution de particules
* * * * * * * * * * * * *
Jusqu’à ma tempe où le sang pulse
jusqu’à mon humeur sans nuances
tout est futilement gris
Gris
et brouillé
Bruyant
Paris, 12-13 avril
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
VULEMU A VITTORIA DI VELUTTU
Ivre de verjus ou de Vouvray de Graves ou de Gevray de Rivesaltes ou de Calvi de cervoise ou de vin verdelet de calvados ou de vodka d’eau de vie de genièvre je divague à la vêprée vernale et tardive prêt à vaciller là sous un réverbère dévoré par une fièvre virale je vaironne l’aventure
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Vénus de vair ou d’épaves vêtue Havraise ou Javanaise impavide ou volubile dévote ou frivole fauve ou captive vénale ou vestale servante ou souveraine inventive ou couventine merveille ou vilaine sauvage ou cultivée vice et vertu inoffensive ou louve Gervaise ou Bovary serve ou échevine novice ou chevronnée évanescente ou persévérante éruptive ou réservée naïve ou dépravée épouvantable ou furtive veuve ou virginale margravine ou lavandière avenante ou revêche vouivre ou votive vénérienne ou virtuelle
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Pour vous favorite je coronavirerai vert ou vermillon d’envie d’en vie de rêve en grève en révolution d’avril à janvier et même vingt hiver je me laisserai vassaliser je serai votre esclave Gavroche en nivôse Valmont en pluviose vicaire ou voyou vulgaire ou savant vénéneux ou dévoué griveton ou chevalier tavernier ou prévôt ambivalent derviche virtuose invulnérable j’inventerai des épreuves deviendrai vulvomancien polyvalent versatile ou valeureux rival
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Et vous voilà
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Salva mi vèrgine
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Irréversiblement invincible je soulève votre volve dévoile votre visage ivoire vos lèvres voraces vermeil et voleuses je révère vos ovales votre avant-cœur vallonné vos duveteuses vallées pelviennes et votre Vésuve je m’abreuve de sa lave aux suaves flaveurs j’y trouve une fève subversive et vous soulève vous bouleverse et vous chavire (je vous vois venir)
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Par vous dévêtu de mes violine livrée et juvénile réserve enchevêtrées je découvre avide émerveillé par vos virevoltes et ses voluptueuses volutes votre verso sans veto l’envers du volcan vice-versa pour une rose des vents et son vase de velours sans esquive avisé je relève la bravade nouvelle dérive sans avarice en ce versant de lave vers des rives vierges et divergentes
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Mi voli per voi
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Vénérable jouvencelle aux ogives lascives divinité des vignes aux mauves nervures vite vous ravivez la sève d’une vertigineuse voltige
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Je me love en ce nirvana et l’étuve de vos effluves de vos sensitives ogives havane et pavot et verbe volatils mais vivaces viennent mes vers dans le velouté de votre voix et votre villanelle festive à la viole des trouvères et au clavecin vespéral
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Je vous livre ma réversible et vénielle irrévérence qu’elle ne vous révulse en vain ni ne vous énerve mais vous ravit en votre convalescence post-hourvari de vos vêpres telle un antivirus en connivence évangile grivois sans calvaire sans entrave
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Vi salvu vèrgine
Paris, 25-28 avril © Autobiopoèmes, Fluctuat nec Mergitur
UN DEMI-SIÈCLE DE MÉMOIRE
Que valent mes nuits
passées à veiller nos mémoires
quand l'aube blême ouvre ses yeux ternes
et refuse au soleil l'au-delà l'horizon
Que valent mes nuits
au petit jour indifférent
quand les étoiles quittent mes yeux cernés
que se cauchemardisent mes rêves
Aveugle et sourde à mes odes plaintives
tu passes au jour d'après
procrastines tes amours volages
les vaticines aux vents en vogue
les vends au plus offrant
sur les vagues à la mode
Je croyais vivre en Poetrie
zozotais tintinnabulais deux-trois rimes mauvaises et véreuses
alignais aliénais deux-trois images encrassées et verbeuses
je croyais que poésie valait vie
mais tu n'aimais de vers
que ceux qui me rongeaient
et rangeais dans les arcanes du temps
la mémoire de mes veines
vaines encres à la noirceur bleuie
estampes estompées
visages sans vie floutés
Que valait mon ennui
debout c'est l'aurore
dehors l'horreur du réel
sous sa robe de plomb
je replonge en la nuit
en guetteur d'étincelles
humble allumeur de rêves
ou de réverbère
Que valent nos nuits
Longues-sur-Mer, 28 avril © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur

SEPT LUNES
Ton cœur s’ankylose
et l’ennui le recouvre
La rose bourgeonne pourtant ne s’ouvre
Fanera-t-elle
dans la moiteur de l’été
Les nuits s'écourtent
Le sommeil gagne le jour
Les sept lunes pâlissent
où les rêves s’évanouissent
Le sablier égrène la vie
lentement
mais soudain se vide
Irradiant les ténèbres
ton cœur explose
Paris, 6 mai © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
AUX FLANCS
Je n'ai rien d'autre à tirer que le temps lentement
comme une excuse d'être encore là
las aussi parfois
à défaut d'être l'as
à quatre feuilles
qui pique
écœure
je reste sur le carreau
le temple attendra
je brouille les cartes d'un destin
qui m'a fait valet
pas même de cœur
un peu trop fou du roi
un peu trop sans le sou
pour être baron
je n'ai rien d'autre à tirer
que les cartes taraudées
au fond du vieux panier
Je n'ai rien d'autre à tirer
qu'une infâme piquette
à boire cul sec
pour éviter le feu de boyaux
aussi vite que les amours
qui se tordent
ces amours brèves
ni de cœur ni de cour
sinon celle des miracles
dans un creux sombre
quand on n'est ni grand ni beau
qu'on illusionne
en troubadour de rue
avec pour seul château
un rêve d'Espagne
avec quelques mots
Je n'ai rien d'autre à tirer qu'une infâme bordée Je n'ai rien d'autre à tirer qu'une touche d'herbe humide à brûler les poumons d'une bouffée de glyphosate Je n'ai rien d'autre à tirer qu'une mitraille verbale
pacifique d'un autre océan qu'un portrait sépia mité
Paris, 15 mai
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitu
r
HÔTEL PANAME
à partir d'une photographie de Magali MO
Je ne me souviens ni du jour ni de l'heure seulement
de la noirceur de la nuit de la rue de nos rêves Je ne me souviens
ni du nom de la voie
ni de sa voix lorsqu’Elle dit oui
seulement
des réverbères comme uniques étoiles le passage comme une invite à traverser le sombre marauder le temps tarauder nos peurs
Je ne me souviens
ni de nos cadences votives
ni de nos silences fautifs
seulement
de l'enseigne à demi-lumineuse hospitalière de l'ombre pour amours furtives nos doigts nos cœurs entrelacés qui se serrent pour ne plus penser
juste laisser le pavé avaler le latex Je ne me souviens ni de la couleur de ses yeux ni du parfum de ses cheveux seulement sa peau nue froide ses seins roides libres sa soif ma faim et nos deux corps effarouchés
balbutiant vers le néant
Paris, 16-21 mai
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur

Photographie © Magali MO
IVRESSE DES SENS
Petit matin
soleil nomade
à jouer sur les murs-miroirs
où le silence se murmure
sanctifié
Le jour se lève
alchimiste
endanse en moirures d’or
l’eau carafée
Je n’attends rien
que le beau
présent
Fermer les yeux
figer l’instant
Une fée des sources
fugitive aux yeux vairons
se libère de sa geôle de verre
se pose sur le col
m’observe à l’envers
à la surface de l’eau
immobile
Elle hésite
nos reflets tressaillent
le miroir se fissure
et des confins de l’âme
elle vole s’abreuver à mes lèvres
par toutes mes failles
elle entremble ma peau
épice mes blessures
enivre mes sens
Aucune jouissance en partage
n’est laide ni vaine
bruit-elle à mon oreille
Le printemps peut bien mourir
et le café rester sur le feu
Paris, 30 mai
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
SAINT-LOUIS-ARAGON
Sans fléchir sa vieille ferraille
seul et fol à la fois
sous la ferveur du vent
qui flétrit la surface du fleuve
fêle les verres et vole l’écorce des platanes
Loin des frasques futiles
du fracas des foules fanatiques
de leur fureur frénétique
Il reste là
réverbère fantôme
divorcé de sa rive infidèle
phare insulaire sans feu ni flamme
figé dans le flot du temps
Paris, 5 juin
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur

Photographie © Magali MO
SOIR AUX MARTINETS
Pas de quoi fouetter un chat
ni fêter une chatte
le temps est à n’en pas mettre dehors les effluves de juin ricochent sur les murs la terre a l'humide des orages de lourds nuages flottent encore dans un ciel d'encre de seiche où voltigent des oiseaux de papier noir
et de mauvais augure L'ivrogne a brisé sa boutanche plastique vautré sous l'abribus il maudit fort la petite vertu des dieux qui le privent d'un cul de vieux pape quand il rêvait de ceux de villageoises les ombres bourgeoises s'indignent un mâle à l'insulte facile éructe du cinquième
face au miroir de la rue la presque moitié de la lune semble déjà regretter que la nuit soit si brève en été Le gisant de vinasse a l'éclat d'une émeraude l'ivrogne rassemble ses os et patauge oursement sur les étoiles du caniveau en remontant ses braies cendrées
en brayant comme un veau le quartier se calfeutre peu à peu les fenêtres s'éteignent un rayon bleu tue-mouche clignote encore sur l'énième épisode d'une série policée
Il est temps de rentrer poli
le sommeil factice et l’alarme à l’œil
cerné de mauvais rêves
les tempes dans les ronces
qui déchirent le cœur et les pages
Il est temps de gravir les marches
les deux mains sur la rampe
quand les effluves de juin
ricochent sur les murs
à en étinceler la nuit
Paris, 7-8 juin
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
JARDIN DE REUILLY
À l'embaumée d'un tilleul merle et merlette lantiponnent sans se soucier des enfants qui s’égosillent sautent
courent soulèvent la poussière des allées et font s'envoler les mondes éphémères L'été traverse le jardin entre deux nuages il faut attendre le soir pour entrevoir le soleil Un mouflet pour échapper au chat se camoufle au pied de l'arbre à tisane
l’Amazone au lichen
à la traine filante
résiste à l’usure du temps
et se laisse envouter par la Danse une dame de cœur offre des fleurs à une femme de pierre
Une amoureuse en chair promet son sein nu au regard d'un aimant et lui dulcifie les lèvres assoiffées Un rayon caresse les peaux dévoilées d'une nuée de tendre et de vent parfumé de pollen
Paris, 10 juin
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
INDIFFÉRENCE
Elle
à la fenêtre
fume sous le ciel limpide
De ses lèvres sèches
elle envoie dans un baiser
de petits nuages blancs
ou gris
évanescents
Elle ignore
jusqu’au sens du poème
Elle ignore
tout de sa résilience
Elle m’ignore
Paris, 11 juin
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
AUBE ANTÉCANICULAIRE
Dans l'encore frais silence de l'aube
endormie
seul est audible le concert des merles
entrecoupé des railleries des pies
et des sarcasmes des corneilles
Alors
commence le ballet sonore des martinets
dans l’azur fluide
vertigineux
Un balayeur
ouvre une vanne
un torrent ricoche sur les bordures
son balai va et vient
chassant les mégots
et les poumons goudronnés
Entre les plis du rideau d’en face
les ombres saccadées
laissent deviner
un énervant retard à venir
Un bus passe à vide
dans un soufflement
Les talons d'une matinale
qu'on devine en robe légère
rythment l'ensemble
crescendo decrescendo
La boulangerie de l'angle parfume
l'air immobile
assoupi
s'y s'amoncèlent déjà les particules
La ville
peu à peu
se désensommeille
Un jeune costumé
trottine
raide
en parlant si fort à personne que le macadam résonne
et frémit
Les volets se referment en claquant
pour échapper pense-t-on
à la canicule annoncée
la belle m’esquive
La rue s’ensoleille
il n’est aucun arbre à offrir son feuillage
Sous l'abribus
on commente matin
les poubelles qui débordent
la grève
la campagne
un vieux précoce s'énerve
pressé comme un macron
un plus vieux s'èRhaiNise
au passage d’un voile en étendard
une plus verte mutine murmure à peine
il n'est pas question de se soumettre
aux emmarcheurs
inesthètes
agitateurs de chiffons
moins encore aux rassembleurs de raclures de siphons
Leur fracas
celui qui change de trottoir
par vagues laborieuses
– il faut bien s'aliéner –
remplace la musique
des pots d'échappement
moteurs
et même avertisseurs
jouent trois fois les coqs
Mon crayon s’engourdit
s’englue
moite
je m’étourdis
de penser à toi
et ton parfum s’élève
Tu m'essouffles
Il fera bientôt fournaise
le beau repassera
Paris, 17 juin
© Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
KANAGAWA
Matin plombé d’un été abrupt et brutal La canicule sublime le mutisme Le chant des merles et ramiers irrémédiablement tu les volets restent clos Rien ne filtre des persiennes que la zébrure imperceptiblement mouvante du soleil Au loin les pleurs d’un enfant transpercent et emplissent le silence Elle rêve d’averse douce du tumulte de l’orage d’une avalanche de glace sur les pentes ardentes du mont Fuji et de cette vague bleu de Prusse tsunamisant l’espace de sa peau fiévreuse sur ses lèvres suaves appelant le baiser la vie l’amour
Paris, 27 juin © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
POURRITURE IGNOBLE
Alea jacta est
Triple six
avec son dévolu
ses yeux luisent
de larmes bruyantes
sur l’autel d’ébène blanchi
où sa haine sanglante
avide de meute
dessine un sillon sombre
déchire l’horizon
dérive solitaire
vers des terres amourantes
Il exorcise ses trolls
licornes et chimères
récuse l’étranger
l’autre lui-même
de mille mots
de sa mâle male heure
mêlée d’infinie malice
ruisselant son venin
Il abime
l’amour et la mémoire
dans le miroir sans tain
de ses cauchemars veules
Il efface ses examours
jouées impaires et passe
les Louise les Léa les Lison les Lou-an
viols des quatre saisons
au fond de l’impasse
le parfum des framboises
au velours de leurs lèvres
insipides cerises
sur les seins nus usurpés
tout s’emmêle
les effluves d’alcools
la part des anges
susurre-t-il haletant
l’urine et la sueur
Au mitan de la nuit
il médit
maudit les nyctalopes
saltimbanques
nécromanciennes
Il n’est vérité
que sienne
mordorée
mortifère
morsure dans la chair
Il suinte de ses pores
l’acide de son fiel
qui creuse ses rides
l’aride désert de son cœur rance
exécrable jouissance
de celui qui blesse
laisse
enlaisse
blesse encore
cancérise
assassine
En silence
Jusqu’à la salissure de l’aube
Paris, 22 juin - 7 juillet © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur

22 JUIN 2019[*]
« Nous sommes en train de nous habituer à l’intolérable. »[†]
Quai de Nantes Cœur de nuit Cœurs d'airain Bruits de bottes sur les docks Grondement des chiens qu’on excite Brume artificielle des gaz d’éclairs de métal transpercée Ils ont strangulé la mélodie du solstice martelé les pavés de leurs carapaces de haine piétiné les étincelles de vie Ils ont pulvérisé les étoiles de tes yeux éborgné ton cri de paix submergé ton sourire d'amour crevé tes rêves de gosse
Noyé
Noyé NOYÉ Puis là muselé le silence bunkerisé l’oubli
Paris, 22 juin Longues-sur-Mer, 30 juillet © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
[*] Hommage à Steve Maia Caniço, décédé par noyade dans la Loire après une charge de la police, la nuit de la fête de la musique. [†] Titre d’une tribune publiée le 30 juillet sur le site de France Info par des députées de Bretagne alarmées par des dégradations commises sur leurs permanences.
CANICULES
Il est midi bohème Soleil de plomb Le doute m’alchimise
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Seuls les enfants trouvent la force de s’ébattre et de crier
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Sidérantes comètes étoiles déstarisées à la dérive
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Rimes déracinées
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La raison s’égare illusionne Un rêve sort de ma trajectoire
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Sa danse immobile et soyeuse funambule et libre transgresse ma solitude fragile ensable ma mémoire
insomniaque et bleutée où l’encre se dilue
* * * * * * *
Chaque ride de ton corps est la mémoire de nos rêves de nos rires de nos larmes de nos paradis de nos enfers
Paris, 26 juin Longues-sur-Mer, 13 août © Autobiopoèmes, Fluctuat nec mergitur
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